Qu'est ce que la gainerie d'art?
- Charlotte Vial

- 29 mars 2025
- 3 min de lecture
On me demande souvent : "Gainier ? Mais qu'est-ce que c'est ?" Peu de gens connaissent ce métier, et pourtant, il s’agit d’un artisanat séculaire, inscrit aujourd’hui parmi les 281 métiers d’art recensés par l’Institut pour les Savoir-Faire Français.
L’institut le définit ainsi :"Le gainier fabrique des gaines, écrins, fourreaux, socles, coffrets, articles de bureau. Il utilise des fûts (bois ou carcasses) ou des supports en carton ou en plastique et les recouvre de cuir, de papier ou de simili cuir."
L’étymologie du mot gaine résume à elle seule l’essence du métier : recouvrir, épouser, mettre en forme.
Un art aux multiples facettes
La gainerie se décline en plusieurs spécialités :
La gainerie d’ameublement, dont l’exemple le plus emblématique est le sous-main en cuir doré des bureaux.
La gainerie décorative, où le cuir habille murs et panneaux pour sublimer un espace.
La gainerie appliquée au mobilier, proche du travail du sellier, notamment pour le gainage de sièges.
Le packaging de luxe, où le gainier façonne des structures en carton, habillées avec soin.
Les coffrets, enfin, domaine qui nous intéresse particulièrement.
Un détour par le département des Objets d’Art du Louvre suffit à le constater : l’écrin accompagne l’humanité depuis des siècles. Trésors et coffrets vont de pair, transport et protection aussi. Entre l’utile et l’apparat, le coffret est peut-être l’une des premières formes de design… Une piste à explorer.

L’âge d’or des coffrets
Si l’art du coffret est ancien, c’est aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles qu’il atteint son apogée. Nécessaires de voyage, à couture, à écriture, caves à thé, à parfum, à liqueur… Les artisans rivalisent d’ingéniosité et de minutie pour créer des pièces aussi raffinées qu’ornementées. L’engouement se prolonge sous Napoléon III, avec des coffrets d’un luxe ostentatoire, puis ressurgit brièvement avec les caves à cigares et étuis Art Déco, à une époque où la cigarette avait encore l’aura du glamour.
Au XXᵉ siècle, l’essor des voyages marque l’apogée – et peut-être la fin – des grandes malles d’exception. Quelques maisons emblématiques perpétuent cet héritage, mais l’objet change de statut, se faisant plus rare, plus confidentiel.

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approfondie du site antiquebox.org,
qui regorge d'informations
et d'images très précises.
Un savoir-faire français… et britannique
L’art du coffret a toujours traversé les frontières. Depuis longtemps, les Britanniques excellent également dans cette discipline, avec un style reconnaissable entre tous : acajou satiné, laines élégantes, pièces de laiton… Pratique, efficace et raffiné, leur approche séduit par son équilibre entre sobriété et sophistication.
De cette rivalité artisanale, deux techniques ont émergé :
Le gainage à la française, où chaque objet est enchâssé dans un compartiment épousant sa silhouette, garantissant maintien et protection.
Le gainage à l’anglaise, qui privilégie des compartiments ouverts, séparés par des cloisons en bois, offrant une organisation plus modulable tout en empêchant les objets de bouger.
A gauche, nécessaire à thé de la Duchesse d'Orléans épouse du Régent, 1720, Musée du Louvre Gainage à la française A droite, coffret à bijou britannique, 1850, crédit londonfine.co.uk Gainage à l'anglaise
Un artisan au carrefour des savoir-faire
La création d’un coffret mobilise une diversité de compétences. Le bois pour la structure, le métal des serrures et charnières, le tissu et la passementerie, le cuir et ses dorures… Le gainier doit être un artisan pluridisciplinaire, jonglant entre ces matériaux avec précision et créativité.
Sous ses mains, chaque coffret devient bien plus qu’un simple contenant : il se transforme en un écrin, à la hauteur du trésor qu’il protège.







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